lundi 10 janvier 2011

Ultima Thulé - Jour 4 - Látrabjarg

Lors de mes premières recherches, Látrabjarg m'avait fasciné. La pointe occidentale de l'Europe. Des falaises de prêt de 500m de hauteur. Et surtout.. plein de zozios! Logiquement, dans mon esprit, l'endroit était devenu un des moments clefs du road trip.

En approfondissant mes connaissances, il m'est apparu que Látrabjarg était difficile d'accès. 48 km de piste étroite, vertigineuse. Si l'on ajoutait à cela les 400 et quelques kilomètres que j'aurais déjà parcouru ce jour là, je m'étais résigné à ne pas programmer Látrabjarg.

Et puis... Lors de la finalisation du road book, je suis tombé sur la description, succincte, qu'en faisait le Routard. "(...) approcher des macareux à moins de 1 mètre (...) le bout du monde". N'en dites pas plus... J'ai repris mes recherches, me renseignant sur la carrossabilité de la route. Visiblement, c'était bien une piste, tout ce qu'il y de plus islandaise, mais pas côté "F" sur les cartes. Donc, zou, j'ai reprogrammé Látrabjarg, en précisant "si on a le temps"...

Et le temps, j'ai fait en sorte qu'on l'ait!! J'ai tout fait pour qu'on le prenne, pour ne pas qu'il s'égraine. La journée de la veille m'avait laissé un goût d'inachevé, il ne fallait pas qu'aujourd'hui puisse laisser s'accrocher d'éventuels regrets.

Alors, malgré la fatigue induite par cette première journée longue en kilomètres, malgré la peur du vide, malgré l'appréhension de la conduite sur piste pour laquelle je venais déjà d'être baptisé sur 200km, malgré les nuages, j'y ai cru.

Je m'étais fixé une heure limite au delà de laquelle je ne pourrais plus bifurquer sur la rive ouest du Patreksfjörður. J'ai filé aussi vite que j'ai pu dès que je retrouvais du macadam. Je voulais voir Látrabjarg, malgré les minutes qui défilaient... A 17h, pile poil la limite horaire, je tourne à gauche toute, sur la R612.



Dès les premiers tours de roues, malgré les soupirs désappointés (petit euphémisme) d'Anaïs, les nids de poules espiègles de la piste ne parviennent pas à me faire décrocher les yeux de ses silhouettes,majestueuses, magiques..

Falaises le long du Patreksfjörður




Je savais qu'il nous faudrait du temps pour parcourir la cinquantaine de kilomètres de piste. Heureusement, peu de circulation en sens inverse. Il est vrai qu'il était déjà tard, et le gros des troupes touristiques, peu nombreuses en cet endroit, était dores et déjà reparti. Malgré cela, le temps passe..

Je file je file, ne profitant que trop peu du paysage




Après un passage plus que pentu dans les reliefs montagneux, à l'intérieur des terres, avec des virages de fou et des dénivelés qui me faisait serrer les miches, on retrouve le littoral


C'est déjà grandiose.. Des couleurs, des contrastes.. Une impression de puissance, de bout du monde..

Breidavik


Petit panneau de mise en bouche. L'excitation est à son comble. Je ne tiens plus en place, maudissant ce p****n de compteur kilométrique qui décidément doit déconner tant les bornes ont du mal à défiler


Hvallatur, le village du bout du bout du monde. Petite question subsidiaire d'Anaïs : mais ils vivent de quoi ici? Pis ils font quoi de leurs journées? T'occupes, c'est pas le moment, on a des macareux à rencontrer!


C'est bon, on y est!!! je change les objectifs à toute vitesse, oubliant dans un premier temps de me couvrir (oh, je vous rassure, j'ai pas oublié longtemps!)Admirer au passage l'état de notre Swift, et la technique islandaise pour faire la nique au radars..


Je me retourne, et la voilà, devant moi.. L'Ultima Thulé de Pytheas..


Un papi français, avec un campingcar large comme 2 fois la piste (comment il est arrivé jusqu'ici lui?) m'indique l'endroit ou visiblement, peut être, il y aurait UN macareu



Fébrile, excité, les jambes flageolantes et le coeur battant la chamade, je m'élance.. et là, devant moi, il se dresse..


C'est le début d'une rencontre du 3ème type avec les macareux. Pendant prêt d'une heure, j'étais ailleurs.. fasciné, obnubilé, ému jusqu'aux larmes par la présence de ces oiseaux tout simplement magnifiques





La vie au bout du monde..













Couché de tout mon long, à plat ventre dans l'herbe, mon visage à moins d'un mètre d'eux, 400m au dessus de la mer qui se fracasse sur les falaises. Grisant, magique..



















et pour finir, ma préférée..



Un moment exceptionnel, inoubliable.. Au plus prêts de ses oiseaux clowns avec une larme noire.. Le mélange de la joie et de la tristesse, le symbole du rire et des larmes unis dans ces oiseaux majestueux, dans un cadre exceptionnel. What esle?





On a même eu de la chance au niveau de la météo, le brouillard s'est peu à peu estompé, découvrant l'horizon.

En quelques minutes, l'atmosphère se métamorphose:


A l'inverse, Hvallatur est désormais dans la brume. Les nuages nous ont contournés, ils se sont retirés dans l'intérieur des terres, masquant les paysages observés lors du passage aller. Les cieux étaient avec nous!





Une leçon, une claque, une révélation. Les falaises de Látrabjarg me hantent autant qu'elles m'enchantent. Pas un jour sans que je n'y repense. Je ferme les yeux, et je m'envole là bas.


A chaque fois, mes yeux se mouillent, je frissonne. E là, tout près de moi, il apparaît..

dimanche 9 janvier 2011

Ultima Thulé - Jour 5



Tout penaud après l'expérience de la veille et la rencontre avec les macareux, il faut malgré tout se lever tôt, la route est longue pour parcourir le reste des fjörds de l'ouest.

Premiers tours de roues, à la sortie de Bíldudalur... Mise en bouche directe du temps qui va nous accompagner une bonne partie de la journée!


Dynjandi waterfall, de loin..


Road 60 en direction de Þingeyri, dans le Hrafnseyrarheiði


Road 60, tunnel étroit avec embrenchement avant Ísafjörður.. Un tunnel vraiment vraiment étroit, quelques possibilités de croisement, par-ci par-là.. Et au milieu du tunnel, un croisement, avec tourne à gauche!!


Isafjörður


L'un des plus grands moments du voyage. Une petite bâtisse en bois, un cuisto/pêcheur qui est taillé pur attraper des baleines à la main, un choix de poissons aussi varié que les paysages d'Islande..


La table n'est pas mise, une serveuse taillée dans la masse nous apporte nonchalamment les couverts que nous dressons. Et là, les gamelles sont apportées directement. Une chacun, énormes.. Du gras, de la vie, des couleurs, des saveurs!! Du poisson comme j'en ai jamais mangé!



Ögurnes, vue sur l'Isafjardardjup et le Drangajökull


Road 61, Skötufjörður


Cascade dans le Skötufjörður


Couleurs dans le Skötufjörður


Mjoifjörður


Road 61, points d'eau dans le Steingrimsfjardarheiði


Road 61, Steingrimsfjardarheiði


Road 61, arrivée sur l'Hrutafjörður, gaffe au virage!


Sur la route le long des rivages, j'étais aux aguets, guettant des masses noires dans l'au ou sur les plages..TOut d'un coup, je pile, tourne à gauche. Les premiers que l'on voit..

Phoques, Heudalsa, Steingrimsfjörður


En s'approchant nous les effrayons. Ils sautent dans l'eau avec une agilité inattendue et se glissent dans les flots glacés, à l'écart. Un ou deux téméraires font preuve de curiosité et viennent nager à quelques dizaines de mètres, nous fixant, disparaissant puis émergeant quelques encablures plus loin..


Plage dans le Steingrimsfjörður


Road 61, Kollafjörður


Eglise de Prestbakki, Hrutafjörður


On arrive enfin, épuisés par les kilomètres de piste, mais des paysages de fjörds plein les yeux..

samedi 8 janvier 2011

Ultima Thulé - Jour 6



Après une nuit humide et bruyante à l'AJ de Sæberg, un petit dej' maxi glouton nous redonne le moral. et ce n'est pas fini. L'AJ était remplie de Français (au moins 10 familles ou couples) et on papotte avec une famille avec ses 3 adolescentes. Ils ont fait le tour dans l'autre sens, ils ont donc bientôt fini leur périple Islandais. On échange quelques tuyaux, eux nous indiquent notamment un hot pot à se taper les fesses sur un Geyser..


Avant tout, escale obligatoire à la ferme en tourbe de Glaumbær.











A ce moment, il pleut.. il vente.. et ça caille. On se dit qu'on part en direction du hot pot indiqué par la famille française, et on avisera sur place.

Il est là bas, à l'extrémité droite.. si si, je vous jure!



Les Français nous avaient dit que la piste était un peu longue.. On l'a trouvée TRES longue! Mais par rapport à Latrabjarg, même pas peur des nids de poules.. A la fin de la fin du bout du bout du monde, on arrive devant un portail, un café/resto/auberge à coté. On s'arrête, je descends dans le froid et la tourmente pour demander des infos. Pas le temps de frapper qu'une charmante islandaise brune (oui oui, il y a quelques modèles comme cela chez eux, mais c'est assez dur à trouver) vient à mes devants et m'explique le fonctionnement du lieu. En gros c'est "open", on se change aux WC, on ripaille dans la salle hors sac, et quand on part on laisse ce qu'on veut.

Zou, c'est parti. On est un peu rebuté par le froid et la pluie, alors on mange, le temps de réfléchir au meilleur stratagème pour ne pas se peler les miches en maillot de bain une fois dehors!

Rien que la salle "hors sac" et les WC valent le coup, en bois et en tourbe. D'enfer!



On sert les fesses, on se change, on remonte dans la voiture, on s'approche le plus possible de ces bassines qu'on nous assure comme étant chaudes. allez, c'est parti.

la vue à notre droite.. (non, vous ne rêvez pas, c'est l'océan arctique à quelques encablures de nous, en maillots de bain, sous la pluie..



.. à notre gauche..


.. et droit devant nous.. le pied!



Juste trop bien! l'eau des bassins était en ébullition au centre. sur les bords la température devait facilement être entre 40 et 50°. Dehors, entre 5 et 8°.. et quand on est sorti, on avait emmagasiné tellement de chaleur qu'on n'a pas eu froid. Je suis resté un moment en maillot faire des photos. A côté de nous, des islandais pur cru faisaient des allers retours en criant entre la mer et les hot pots... fadas!

Saudarkrökur, ville portuaire. Sur un des bâtiments, il y avait un dessin avec marqué, en français dans le texte "Palais du homar".





Delta de l'Héradsvötn, vue sur le Skagafjörður et Reykir



Eglise de Bakki, Road 1



Bottes de paille sur la route 1, avant Akureyri.



On arrive pas tard (17h) à l'AJ. On pose rapido les affaires et je booste Anaïs pour qu'on fasse une partie du programme du lendemain : il fait beau pour l'instant, et surtout ça nous permettra d'être un peu plus cool le lendemain car le programme s'annonce très chargé pour cette journée. En route donc pour l'une des cascades mythique de l'Islande, Goðafoss, sur la rivière Skjálfandafljót. Les sagas islandaises racontent que vers l'an 1000, quand le Parlement décida que les Islandais devaient adopter la religion Chrétienne, l'un des hommes de lois, Þorgeir Ljósvetningagoði, jeta ses idoles païennes dans la rivière. D'où le nom gods foss (foss signifiant cascade). La cascade n'est pas énorme, mais malgré tout impressionnante, la puissance qui se dégage des flux me scotche. Je m'approche sur un promontoire, c'est mouillé, glissante, j'enjambe des petits cours d'eau. Au dessus du vide, j'ai les genoux qui tricotent.. C'est grisant!

Goðafoss