mercredi 9 juin 2010

Chacun son rythme

Sur le marché de la Croix Rousse.

L'autre jour je parcourais les fils d'un autre forum, dédié aux utilisateurs de Leica. Assez intransigeants dans la démarche photographique que devrait imposer la possession d'un tel matériel. Bref.. Pour beaucoup d'entre eux, une photo "scène de rue" réussie est une photo où aucun regard ne croise l'objectif.

J'ai essayé des photos "volées", façon Leica Spirit. C'est décidément pas mon truc, même si celle-ci est à peu près correcte.



Cette démarche n'est pas pour moi. De me faire discret, préréglages en amont, hyperfocale et tout le tralala. et bien même en manif', j'ai du mal. j'ai vraiment l'impression d'être.. non, pas un voleur, mais un voyeur. De m'introduire dans leur univers. Quand je shoote de cette manière, j'éprouve un sentiment de culpabilité alors même que mon oeil est dans le viseur. Je suis pas à l'aise, j'essaie de me cacher (ok, c'est le but me direz vous..). Je suis pas fier dans ces moments là, sur le qui-vive car au fond, j'ai le sentiment de transgresser quelque norme ou règle de savoir vivre. Certains diront que c'est l'adrénaline inhérente au processus de reportage sur le vif. moi je pense ressentir de la culpabilité. De la pudeur même.


Auparavant, je n'arrivais pas à photographier de l'humain. Des bébettes, des friches, aucun problème. Mais de l'humain.. je transgressais leur intimité, j'effectuais une intrusion dans leur intimité. J'ai un peu évolué. j'ai encore deux barrières, aux deux extrêmes, dans lesquelles j'éprouve le sentiment de culpabilité. soit quand je fait une photo "volée", sans que le sujet sache que je suis là et qu'il est immortalisé dans mon capteur. soit pour mes proches, ma famille ou amis. Pour ceux là, c'est comme si je n'arrivais pas encore à accepter, à assumer le fait d'être photographe, comme si c'était une lubie, une folie.. être un peu l'artiste de la famille, c'est la honte quoi.. une pression sociale inconsciente en quelque sorte.

Entre les 2 extrêmes, je suis bien. j'ai commencé avec les artistes. ils savent que je suis là, mais après ils me calculent plus. Je ne les fais pas poser, je parviens à saisir des scènes sur le vif permettant de rendre compte de leur univers, de leur quotidien et parfois de leur performance scénique. je dis parfois, et c'est là que j'ai évolué, car la photo de leur spectacles n'est plus l'objectif unique de ma démarche photo, c'est à la limite le point d'orgue du reportage. mais si auparavant je n'ai pas réussi à capter leur univers, leurs difficulté, je serais sur ma faim. Je cherche à faire des photos esthétique, jolies. et pour moi ça passe par une profondeur de champ réduite. je passe donc pas mal de temps à faire la netteté, à faire mon cadre aussi. je tourne, je bouge. Bref, suis pas un photographe du "sur le vif". mais au final, les images que j'aurais produites seront une part de moi.
Dans la rue c'est pareil. Je ne me cache pas, je veux que le sujet sache que je suis là, quitte à ce qu'il refuse que je le prenne. Mais je ne lui demande rien. Je reste longtemps, juste qu'à ce qu'il m'ait adopté, que je sois rentré dans sa sphère d'intimité, et qu'il m'accepte en quelque sorte. C'est un peu la même technique que pour la photo animalière. Passée une certaine barrière, un certain temps, le sujet nous accepte et ne prends plus garde à nous.

Non, vraiment, y'a pas à dire. Je préfère que le sujet sache que je sois là, quitte à ce qu'il pose. Et la photo s'inscrit dans un échange, une découverte de l'autre. Un sourire, un mot. Bien mieux qu'une photo prise en catimini.

En l'occurrence, Mahmoud, vendeur de fruits et légumes le jour, animateur radio le soir..

jeudi 3 juin 2010

Végétal

Elles se font rares cette année. Peut être à cause d'un hiver plus long que la normale. J'en ai apperçu un seul pied pour l'instant. De quoi je parle? De l'Orchidée Tachetée, espèce protégée par les directives européennes.



Moins exotique mais tout aussi magique, les champs de blé, peu avant la récolte, qui, avec certaines variétés, revêtent un aspect moutonneux onirique.



mardi 1 juin 2010

Comment faire pousser les plantes du jardin?

Bah tout simplement, faut juste faire chanter ces crapauds un peu spéciaux..



jeudi 27 mai 2010

A quoi ça ressemble une manif' aujourd'hui?

La question mérite d'être posée. A l'heure où les décideurs (politiques, entrepreneurs et syndicats) planchent (ou font croire que) sur la question des retraites et la résolution de la problématique liée à la crise, on assiste à une recrudescence des mouvements sociaux.

Exprimer un mécontentement, un désaccord, un ras-le-bol.. pousser un cri des désespoir.. tout cela dans l'optique d'être entendu, de faire changer une situation considérée comme injuste ou inacceptable.

Je ne vais pas souvent manifester. Mes conditions de travail de pompiste, dans une TPE (3 employés) font que j'ai un peu du mal parfois lorsque j'entends les mots d'ordre des grévistes. Je n'ai ni CE ni syndicats à mon boulot. Les dimanches et les jours fériés ont pour moi disparu lorsque j'ai paraphé mon contrat. J'ai donc parfois l'impression que ceux qui descendent dans la rue sont ceux qui sont déjà les plus défendus. N'empêche, il m'arrive de manifester, par solidarité, car je sais pertinemment que pour moi la situation n'évoluera pas. C'était le cas il y a un an pour la réforme relative à la formation des enseignants. C'était le cas il y a quelques temps pour le CPE.

Ma 1ère manif', je l'ai faite entre les 2 tours de l'élection présidentielle de 2002. Les souvenirs que j'en garde sont ceux d'un rassemblement monstre, avec du bruit, des cris.. une union sacrée pour enrayer une lame de fond que personne n'avait vu venir et qui nous rappelait à tous que Pétain et Vichy n'étaient finalement pas si loin. Cela correspondait à l'image d'épinal d'une manifestation, symbole d'un engagement fort, de l'affrontement aussi.. Bref une manif' avec les tripes, façon 68.

En ce 27 mai 2010, je suis allé manifester. D'une part parce que je trouve que trouve que la réforme des retraites telle qu'elle nous est présentée aujourd'hui s'articule injustement autour d'un unique pivot (l'âge légal de départ à la retraite). D'autre part pour prendre des photos. Je voulais immortaliser un mouvement social tel qu'il l'est dans mon esprit, figer la colère et les revendications à travers mon objectif. A l'instar du héros de Manu Larcenet dans sa série Le Combat Ordinaire, je voulais aussi immortaliser des "gueules", des visages burinés par les années et l'effort. Bref, des visages vrais. D'hommes et de femmes qui travaillent dans le réel, pas qui taquinent la souris et les claviers pour spéculer dans le virtuel.

Cela n'a pas été possible. Cette manif' du 27 mai s'apparentait plus à une pause déjeuner au soleil permettant de papoter entre potes, de retrouver collègues et amis afin de déambuler tranquillou sur un cours Gambetta enfin libéré de ses voitures. Peu de monde, peu d'engouement, peu d'engagement. Par-ci par là des slogans, des tracts, quelques dictaphones. That's all. Ah, si, j'oubliais. Beaucoup d'autocollants et de bannières aux couleurs des syndicats. Pour montrer qu'on est là. En même temps, si on est juste là pour papoter et se promener, ça fait pas vraiment avancer le schmilblik.

Mes photos représentent ce sentiment que j'ai éprouvé. On y voit les gens en train d'échanger, parfois sur le problème des retraites, mais plus souvent sur le temps qu'il fait et la santé des enfants. On peut aussi y déceler de la surprise, de l'appréhension face à cette manif' qui décidément n'en a que le nom.









Cette photo est ma préférée de la série. C'est elle qui m'a le plus marqué. Ce cliché aurait pu se suffire à lui seul pour résumer mon sentiment.



Cet homme , dont le visage est marqué par les années et le labeur, regarde, hébété, le cortège s'étaler devant lui. Son air est grave, anxieux. "Mais que font-ils tous là? Savent-ils au moins pourquoi ils sont ici? Pourquoi ils parlent entre eux, chacun dans leur coin? Mais ils sont où les slogans, les cris et les hurlements?"... autant d'interrogations qui semblent se bousculer dans son esprit et qui font se perdre son regard.. au loin. Moi, j'imagine qu'il est là, désabusé. Et qu'il se dit que cela ne suffira jamais, qu'ils ne sont pas assez nombreux, qu'ils ne savent pas faire. Et que décidément, la société, elle est mal barrée..

samedi 10 avril 2010

ça avance...

Pas de photos ces derniers temps, j'étais bien pris par les réservations et l'organisation de l'hébergement sur la terre de feu.

J'ai tout calé, 14 nuits en auberges de jeunesse. Mes choix ont été guidé uniquement par des considérations purement géographiques, pour que l'on puisse faire le tour de l'île en 2 semaines.

Le paiement a été effectué hier.. Ouf! L'hôtesse qui a traité mon dossier a fait preuve d'une patience et d'une réactivité à toute épreuve. Quelques quiproquo malgré tout, quelques angoisses, mais finalement c'est tout bon. Et puis au moins je me suis remis à l'Anglais!!

Heureusement qu'il y a eu la crise économique qui est en train de terrasser leurs finances et leur monnaie. Pour info, on en a pour un peu plus de 2200 euros d'hébergement et de location de voiture pour les 14 jours. J'ai fait la transaction alors que le taux de change était optimal, à 1€ = 172,51 ISK (Couronne Islandaise). En 2008, avant la crise, le rapport monétaire donnait 1 € = 75 ISK. CQFD... Baisse de 56% des prix donc!

Maintenant que je sais où l'on va dormir, je vais pouvoir attaquer la préparation du road book, afin de savoir ce qui va remplir nos journées là bas.
Des amis nous ont prêté le Routard et le Petit Fûté. J'ai trouvé 3 blogs également forts intéressants sur le net, retraçant les différentes étapes de road trips en Islande. Et le must du must : j'ai réussi à récupérer sur le oueb des scans d'une carte topo au 1/300000ème de l'Islande. 16 scans en JPG, en assez bonne définition, couvrent l'ensemble de l'île. Je les ai assemblés sous Illustrator, et donc je vais pouvoir confectionner mon road book à partir de ce support on ne peut plus précis. J'aurais à la fois les distances kilométriques et la qualité du substra, mais également l'emplacement précis des centres d'intérêts. Ca me prend énormément de temps, mais le jeu en vaut la chandelle. Je veux minimiser le plus possible les aléas et les paramètres inconnus afin de profiter au mieux du séjour et d'optimiser au maximum le temps passé sur place.

Je fais donc pas mal de recherche, sur les lieux, les éléments à voir. Incontournables, touristiques, l'heure la plus propice pour s'y rendre, les conditions d'accès... Bref, autant de paramètres pour faire des choix, parce que tout ne pourra être vu ou visité..

J'attaque donc mon mémoire de Recherche de Master 3 intitulé "Quelles opportunités touristiques entres les 63 et 66èmes degrés nord?"

vendredi 12 mars 2010

Cochon halal

Je ne suis pas arrivé à trouver des mots ayant suffisamment d'impact pour décrire cette expérience unique à laquelle j'ai assisté pour la 1ère fois.

So.. no comment!



































dimanche 7 mars 2010

Enduro Mob

Dimanche 7 avait lieu à Lentilly la 1ère édition de l'enduro-mob, une course mettant aux prises des pilotes amateurs, au sens premier du terme, de course et de mécanique.

De chouettes engins donc, tantôt vintage



tantôt Monster truck.



Entre les spéciales il faut farfouiller dans le cambouis, les concurrents galèrent parfois à trouver la panne



mais malgré les quelques déboires, le sourire est toujours de mise



Le parcours sélectionné est bosselé, chaotique, façon champ de patate à Verdun fin 1918... Les moteurs peinent, les roues s'embourbent, les machines s'emballent, deviennent difficiles à maitriser. Cahin-caha, quelque fois à l'envers, de temps à temps jetés au sol, les pilotes sont régulièrement amenés à mettre pied à terre. Qu'à cela ne tienne, dès que possible, les montures sont enfourchées de nouveau, encore et toujours..



Le chrono n'est pas important. Le but est de finir le parcours, de relier la ligne d'arrivée. Prendre le dessus sur le terrain pas sur le temps... et finalement être ensembles, simplement heureux d'être ensembles, de partager cet instant.



Romain, l'organisateur, aux anges après la réussite de cette journée, même pas mise à mal par les flocons et le thermomètre hivernal!!

jeudi 4 mars 2010

C'est parti!!!!

Il y a 30 secondes environ je viens de cliquer sur l'onglet VALIDER du site de réservation de Iceland Air.

Anaïs et moi débarqueront donc à Keflavik le 10 août pour s'en mettre plein la vue 15 jours durant!!!!

J'ai coutume de dire qu'il ne faut pas rêver sa vie mais vivre ses rêves..

Pour moi, c'en est un qui va se réaliser dans 5 mois.

Crise économique aidant, le coût de la vie est devenu abordable. C'est pour cela qu'on a franchi le pas, sinon c'était vraiment hors de prix.

Je mettrais sur le blog différents posts relatant mes recherches, notre itinéraires, nos trouvailles, et bien sûr des infos sur la Terre de Feu.

5 mois... putain ça va être long!!!

mercredi 17 février 2010

Une Yourte à Lentilly !!

Quoi? Où ça? Comment? Pourquoi??

C'est la neige, sûrement. Il doit faire trop froid par là-bas, ils viennent chez nous. Remarquez, avec le temps sibérien qu'il fait en ce moment à Lentilly, ils seront pas dépaysés au moins...

En effet... La yourte, c'est l'habitat traditionnel des populations d'Asie centrale, notamment au Kirghizstan, Kazakhstan et autre Karakalpakistan et Kikiristan(à mes souhaits!). Cette tente circulaire est en quelque sorte le pendant européen du tipi des Indiens d'Amérique. Comme ces derniers, les populations ayant adopté la yourte ne sont pas sédentaires. La relative rapidité à laquelle elle peut être démontée puis installée en a ainsi fait l'apanage des populations de nomades mongols et turcs.


Les nomades qui ont établi leur camp à Lentilly ce lundi 8 Février n'ont pas franchement l'air tout droit débarqués des contreforts de l'Oural. D'aucuns diront même qu'ils n'ont pas "1 tronche très mongolienne" ... N'empêche, mieux vaut se méfier. D'accord, les chevaux de Przewalski ont été remplacé par vans et remorques. Ok, le goudron sur lequel s'est posée la yourte n'a pas grand chose à voir avec la steppe sibéro-mongole. Et après??? Sitôt passée l'entrée de la yourte, nous voilà immergés dans un univers intimiste et chaleureux. Les nomades se transforment alors en hôtes hospitaliers (un comble, non?) poussant même le vice jusqu'à ... nous faire partager un thé préparé par leurs soins.

C'est ce rituel ancestral et typique qui a inspiré Saïlen Rose, Benoît Héliot et Matthieu Sampic en 2006. Membres de la compagnie Prise de Pied, ils ont imaginé un spectacle vivant, convivial, drôle et techniquement monstrueux (j'y reviendrai). Les deux premiers ont interrompu le spectacle pour une pause bébé et depuis travaillent sur d'autres pestacles. L'équipe actuelle est donc en place depuis la fin de l'année 2008, seul Matthieu est de l'aventure depuis le lancement.


J'ai eu le droit, l'aubaine, le privilège, que sais-je, de passer 4 jours à leurs basques pour réaliser un reportage. Je souhaitais élargir la focale qui aurait pu me faire me cantonner à la seule "photo de spectacle". Une telle approche est tout à fait nouvelle et inconnue pour moi. C'est la 1ère fois que je photographie de la sorte. Pour Lettres de Délation, j'avais contacté le comédien, mais au final, lors des prises de vue, j'étais noyé dans le public. Là, j'ai voulu aller plus loin, à la rencontre de ces artistes, de leur travail dans l'optique d'en rendre compte afin d'apporter un éclairage complémentaire sur leur performance scénique. En abordant ainsi l'Humain comme sujet photographique, je me mets un peu en danger, je ne me cache pas derrière l'appareil pour une fois. La contre-partie, c'est la possibilité de faire des rencontres, de mieux comprendre les personnes et de découvrir les facettes cachées de leur métier.

Même si je n'avais pas pris trop de risques d'être déçu (le monde du cirque, des troubadours et des saltimbanques m'attire et me passionne), je suis malgré tout tombé sur du gros. Du très très gros même. Abd al Malik ne trouverait rien d'autre à dire que "c'est du lourd. Du lourd.. Un truc de malade..." pour qualifier leur travail et leur existence. D'ailleurs, que pourrait-il dire d'autre devant ces 4 jeunes gens qui font rimer talent avec exigeant, travail avec bataille mais pour qui l'activité professionnelle réduit la vie personnelle à une ligne en pointillés...les aléas des programmations espaçant plus ou moins les lignes pleines. Malgré les difficultés matérielles, exacerbées par les conditions climatiques de ces 4 jours et la conjoncture actuelle loin d'être folichonne qui tend à transformer les intermittents en intermendiants, malgré tout cela donc, les membres de la compagnie Prise de pied ont la bonne humeur solidement chevillée au corps. Si le spectateur est émerveillé devant leur prestation sur scène, moi j'ai été subjugué par la richesse de ces 4 jeunes gens, de leur ressources physiques et mentales.

Je tiens donc à leur dire bravo, mais aussi merci..Merci pour ces moments partagés, pour ces bouts d'intimité qu'ils m'ont laissé leur voler, pour m'avoir accueilli, pour m'avoir fait m'évader 4 jours durant. Quand je leur ai dit au revoir jeudi matin, j'étais triste comme quand on quitte une colo, comme quand on sort d'un rêve magique et qu'on percute à peine que c'était pas réel.. Oui, c'est cela. 4 jours durant, j'étais dans un rêve avec 4 amis.


Pour toutes ces raisons, j'ai voulu que mon reportage soit un hommage tout autant qu'un témoignage.

Un hommage à leur bonne humeur, un témoignage de leur labeur
Un hommage à leur prestance, un témoignage de leur existence
Un hommage à leur vie de bohème, un témoignage de leurs problèmes
Un hommage à leur liberté, un témoignage de leur précarité
Un hommage à leur travail, un témoignage de leur bataille
Bref ...
Un hommage aux sourires qu'ils savent déclencher, un témoignage des difficultés qu'ils ont à surmonter


Le traitement de mes photos peut surprendre, choquer même peut être. Je voulais quelque chose de différent des clichés de ce spectacle qui ont été déjà réalisés par d'autres que moi. En quelque sorte, je voulais les remercier à ma façon, en laissant mon empreinte sur mes photos. Car comme mes mots, mes photos, telles que je les cadre, compose et traite sont très personnelles. C'est un moi profond qui s'exprime dans mes photos, traduisant en quelque sorte la façon dont j'ai vécu cette expérience avec la compagnie Prise de Pied.
Ainsi, au travers du traitement et l'approche un peu décalée voire déroutante qui en résulte, j'ai voulu suggérer dans mes clichés le caractère intemporel et universel que revêt Thé perché, mais aussi faire ressortir la bonne humeur récurrente qui pointe dans la noirceur du travail de ces intermittents combattants... Pour ne pas oublier qu'être un artiste c'est un métier et pas seulement un état d'esprit ou une lubie. Tout cela en ne faisant qu'effleurer, qu'éclairer de manière très ponctuelle leur spectacle. Je ne vais pas le résumer, je ne suis pas là pour ça. C'est juste pour vous donner envie d'aller leur rendre visite dans leur yourte..


Vu que j'ai beaucoup mitraillé, pendant pas loin de 20 heures, j'ai devant moi une foultitude de clichés. Le tri s'avère long bien qu'agréable, le choix s'avère cornélien. Quant au traitement, je veux qu'il aboutisse au rendu que j'imaginais lors de la prise de vue, correspondant tout pile poil à mes attentes... Cela implique un travail laborieux, un peu fastidieux, mais surtout méticuleux. La lenteur de mon Mac n'aidant pas, je ne finalise que quelques photos par jour.

Au regard de la matière de ce reportage, j'ai décidé de publier les photos et les textes au fur et à mesure. Vous revivrez ainsi chronologiquement les différents moments qui m'ont marqué pendant ces 4 jours, du montage de la yourte aux ultimes préparatifs, en passant par les répétitions et entrainements pour finalement déboucher sur le point d'orgue de ce reportage : la performance scénique elle-même.


J'espère que je provoquerai chez vous suffisamment d'intérêt, que mes photos et mes mots susciteront suffisamment de curiosité pour que chez vous pointe l'impatience qui vous amènera chaque jour avec empressement sur mon blog. Je vous le promets, chaque jour il y aura du thé dans vos verres. Oups, de quoi se mettre sous la dent, de nouvelles choses à découvrir, des photos à voir ou des lignes à lire...

Pour que ceux qui découvrent ce fil puissent suivre chronologiquement les apparitions, je vais avoir recours à un subterfuge technique. Le texte que vous venez de lire sera toujours en haut de page, il ne faut pas se fier aux dates de parution.. Les mises à jour se feront à la suite, en dessous. Pour y accéder, soit vous faites défiler, soit vous cliquer sur les titres dans la colonne de droite.. Vous pouvez également vérifier le nombre de posts relatifs au libellé Thé Perché qui se trouve toujours dans la colonne à droite de la page..

La suite demain ..



ouais, je sais, c'est dur, ça fait mal.. Mais pas la peine de crier, c'est comme ça que ça se passe..

dimanche 14 février 2010

Présentation de l'équipe

Aujourd'hui c'est la prise de contact avec la troupe. J'avais eu le "chef" au téléphone quelques jours auparavant, rien de plus. Lundi 8 février donc. 13h50 à une vache près. Rencontre du 3ème type avec une espèce en voie de disparition : les intermittents du spectacle...

Quatre des membres de la compagnie Prise de pied sont là. Il faut savoir que les artistes ne sont pas exclusivement liés à une compagnie spécifique. Dans le cas présent, les 4 acolytes travaillent sur des projets annexes, ayant plus ou moins de lien avec le concept qui anime Thé perché.


Trêve de palabres, attaquons les présentations.

Commençons par Matthieu, maître des lieux puisque dépositaire des clefs du temple.



Formé à l'IGTS (Institut Grenoblois des Techniciens du Spectacle), il est le régisseur en chef, mais touche tout autant sa bille en termes de compétences saltimbantesques. Son projet professionnel a pour le moins du génie et de la classe. Excusez du peu : sorti de l'école, il monte une association qui, avec quelques milliers d'euros, achète une yourte (LA yourte) ainsi que du matos son et lumière. Objectif : se "louer", lui et sa yourte, au plus offrant, Oups, au plus attirant scéniquement et éthiquement, en vue d'intégrer des projets artistiques. C'est ainsi qu'il rejoint la compagnie Prise de pied et participe à l'émergence de Thé perché avec Saïlen et Benoît en 2006. Ca cogite sévère dans sa carlingue!!
Comme je l'ai dit, il prend part à d'autres aventures. En avril 2007, il a ainsi été bourlingué 2 semaines durant avec la compagnie Tallaron pour accueillir sous sa yourte Franck Adrien jouant Novecento Pianiste. Ces noms vous disent quelque chose? C'est normal, Franck Adrien a joué ce spectacle à Lentilly dans le cadre de la saison culturelle le 28 novembre 2009. Le monde (artistique) est petit...


2nd larron à présent. J'ai nommé el signor Christophe, pour vous servir.



Mac Gyver de service avec sa frontale Petzl en quasi permanence autour du coup (je n'ose imaginer où il irait dû ranger une torche Maglite...). Il est au taquet, le sourire vissé sur le visage, pour que les tracas techniques soient réduits au silence. A l'instar de Matthieu, Tof' a une formation de technicien du spectacle, mais aussi de comédien, et maitrise bien entendu un bon nombre de bases circassiennes. Il tourne avec d'autres compagnies, comme régisseur ou comme acteur. Au fin fond de sa tête, bien caché, un projet. Un spectacle de marionnettes. De tout coeur, j'espère pour lui qu'il se réalisera. Inch Allah comme on dit là bas!



Les 2 derniers éléments de la troupe, je vous les présente ensembles tant ils sont indissociables, tant leur complémentarité est à souligner. Tout le temps fourrés ensemble. Tout le temps en train de monter l'un sur l'autre. Drôle d'idée... Vous découvrirez dans quelques jours pourquoi.





Gwen et Vincent se sont connus à l'école du cirque de Lyon, à Ménival. Ils y ont chauffé les locaux pendant une dizaine d'années en "loisirs". Je mets des guillemets pour suggérer le caractère tout relatif de la dimension loisir que devait revêtir leur activité à l'époque vu leur niveau à l'heure actuelle. Ils devaient y être tellement souvent que dans leur esprit a germé l'idée saugrenue d'en faire un métier. Direction Lille pour une formation professionnelle de 3 ans donc. Depuis 1 an et demi, ils sont officiellement des artistes, avec le statut d'intermittents du spectacle...

Pour couper court à toute élucubration et au risque de déplaire aux aficionados de love story rose guimauve, Gwen et Vincent ne sont pas unis dans la vie. Point à la ligne, chapitre clos, question suivante!! Mais tant qu'on est dans le registre potin potin ascendant ragot tendance commère, j'aimerais évoquer quelque chose qui m'a frappé chez eux. Les 3 hommes sont en couple avec une artiste/personne assimilée gravitant dans la sphère artistique (pas la même hein, une chacun). Ainsi, Matthieu s'est enamouraché d'une chargée de communication d'un théâtre qui travaille par ailleurs dans une compagnie tandis que Vincent a décidé de se faire tirer le portrait par sa peintre de copine. Quant à Christophe, papa d'un bout de choux et demi (ou 3 quarts, je sais pas..), sa dulciné n'est rien d'autre que la moitié avec laquelle il envisage son spectacle de marionnettes.
Un sacré microcosme donc que ce monde du spectacle, qui fait office d'agence matrimoniale dans laquelle les sensibilités et les spécialités s'entremêlent et s'entrecroisent, s'entrechoquent dans un catalyseur intellectuel mettant en synergie la créativité de chacun au profit de l'émulation artistique.

Et Gwen dans tout ça? Bah, Gwen c'est une dame. Or la bienséance interdit de demander à une dame si quelqu'un occupe son coeur et ses pensées. Sérieusement, avec Gwen il y a eu plus de distance. Sans doute parce qu'effectivement c'est une fille et qu'il est plus facile pour moi d'être avenant avec des mecs. Cela a généré une certaine pudeur dans mon approche. Le fait qu'il n'y ait pas eu de proximité immédiate avec elle contrairement aux trois autres s'explique aussi par son accueil que je me hasarde à qualifier de froid. C'est tout à fait subjectif, mais lors de la prise de contact, j'ai ressenti une certaine méfiance dans ses yeux que j'ai imaginé suspicieux. Tout l'après-midi au boulot j'ai gambergé, appréhendant la séance du lendemain. Peur de la gêner. Peur de prendre trop de place. Peur de la brusquer. Peur qu'elle ressente une intrusion dans son univers. Avec pas mal d'appréhension donc, pas loin de l'angoisse pour être honnête, je suis arrivé sur la pointe des pieds, me faisant le plus discret possible. Puis, je me suis approché. De plus en plus. Visiblement, ma présence était tolérée. Finalement, un sourire a fait voler en éclats mes craintes. Gwen m'avait finalement adopté et venait de m'adresser un bon d'entrée dans son monde à elle.
De ce laps de temps durant lequel on s'est mutuellement apprivoisé a résulté la distance que j'évoquais précédemment. Il n'empêche, ce n'est pas parce que les liens ne sont pas exacerbés qu'ils sont inexistants. Non, je peux vous assurer que le respect et l'amitié que je voue à Gwen sont tout aussi réels et solides que si notre complicité avait été visible et extravertie. Il en est de même pour les trois autres membres de la compagnie. Notre rencontre et nos échanges n'ont pas donné lieu à une effusion de sentiments, à une proximité exubérante. C'est le cas dans bien des relations humaines : il faut se méfier de ce qui est exposé. Les liens les plus solides et indéfectibles sont également les moins perceptibles...


Lundi (demain c'est dimanche, donc repos!), si vous êtes au rendez-vous, vous découvrirez les coulisses du montage. Ou comment le parking du centre d'animation s'est transformé en contreforts du Kikiristan oriental!!

Emergence de yourte

Lundi 13h30. La troupe attaque la partie sans doute la moins agréable de la tournée : le montage de la Yourte.. Il fait froid, le soleil annoncé par Météo France est bien bien caché. Tellement qu'on arrive pas à le voir. Mais au moins, il ne tombe rien, ni pluie ni neige.

En 1er lieu, il convient de vider les vans et les remorques. Je donne la main, on essaie de disposer toutes les caisses avec une certaine logique : cables, décor, costumes, outils....

Ensuite, on étale la base, façon bâche à camion plastifiée. Elle permet d'isoler la structure de l'humidité et (un peu) du froid émanant du sol. L'équipe cherche l'endroit adéquat pour la déposer, c'est à dire le plus plat possible. Cette base, c'est le diamètre de la yourte. Ca me semble rikiki. On tient à 80 là dedans??

La bâche étalée, on pose les 2 portes, diamétralement opposées. On déploie alors les treillis en bois, en les fixant entre eux et aux portes par l'intermédiaire de lanières en cuir.



Pendant que les 3 hommes aidés par 2 intérimaires s'occupent du laçage, Gwen s'attèle au montage de l'échafaudage.



Sur cet échafaudage, Christophe et Vincent vont hisser la roue en bois qui constitue la structure supérieure de la yourte. C'est son toit en quelque sorte. D'humeur taquine, Gwen fait remarquer qu'elle n'a pas serré les vis papillon. Les 2 larrons étaient d'ores et déjà en haut de l'échaffau(dage). Mais bon, ça n'a pas l'air de les déranger plus que ça. Une fois la roue calée en haut sur leurs têtes, ils ont entamé une conversation métaphysique dont les tenants et aboutissants m'ont malheureusement échappé!



Il faut faire assez vite à ce moment là. Mine de rien, la roue pèse son poids, et l'équilibre des 2 est un peu précaire là-haut. Les personnes au sol s'attèlent donc rapidement à stabiliser la roue en hauteur. Comme pour les tipi, l'armature se compose de tiges qui, une fois harnachées, s'auto-équilibrent. Quand 9 d'entre elles sont enfin fixées, la situation est considérée comme stable. Christophe et Vincent redescendent parmis nous.



Il faut alors consolider la structure en installant les autres tiges. 80 en tout, reliant les treillis à la roue.



C'est un peu long, et le froid n'arrange pas les choses : les doigts endoloris transforment la fixation des lanières en chemin de croix.



14h45 : je dois partir, j'attaque le boulot à 15h.. Dur dur de concilier les 2, j'ai l'impression de courir partout, sans arrêt.

Je laisse la troupe poursuivre le montage. Avec l'entraînement, ils arrivent à finaliser le montage de la yourte, les installations électriques et le décor en 4 heures. Ce jour-ci ils finiront vers 17h. Une fois que les treillis et les tiges sont unifiés, l'armature est consolidée et auto-équilibrée. Il convient alors de dresser les murs. Des panneaux de feutre trouvent leur place sur les parois, se fixant sur les treillis et les tiges. La yourte est alors isolée de la lumière et du froid (si si, je vous l'assure!!). Il est également nécessaire de recouvrir le tout d'une toile imperméable et solide, un peu moins épaisse que la bâche au sol. C'est le garant de l'imperméabilité de la yourte. A partir de là, la phase critique est passée. La troupe débute le travail en intérieur, finalisant l'installation des décors mais aussi de la régie son et lumière..

Hormis quelques petites frayeurs générées par l'instabilité des branchements électriques, pas de mauvaise surprise. Si peut être une : malgré les précautions qui ont pu être prises, la pente du substra a généré une inclinaison certaine du toit de la yourte, mais aussi du sol. Imperceptible pour moi, mais pas pour Vincent et Gwen. Problématique pour les représentations. Il faudra faire avec et prendre sur soi. Mais le plus important est atteint: le public peut être accueilli, le spectacle se fera dans des conditions qui passeront pour optimales aux yeux des spectateurs..

Under the snow

La neige a fait son apparition. Elle est tombée
en abondance depuis le milieu de la nuit de lundi à mardi et toute la journée durant. C'est chouette, ça rajoute du folklore à la dimension onirique du spectacle. On serait presque pris d'empathie pour la yourte qui vit ici son baptême du froid, son examen d'entrée dans la taïga sibérienne puisqu'à ce jour, jamais elle ne s'était drapée dans un blanc manteau neigeux.



N'empêche. Les flocons ont beau conférer un aspect magique à la yourte qu'on imagine toute droit sortie de Mongolie, ils ont tendance à compliquer les choses. Mise en place nécessaire d'un système D pour ne pas rentrer des tonnes de neige à l'intérieur. Le froid s'immisce dans la yourte et dans les corps. L'humidité frappe les tissus et les articulations. Dur dur donc. L'entrainement, que vous découvrirez demain, se tiendra donc finalement à l'intérieur du Centre d'Animation.

samedi 13 février 2010

A l'écoute de son corps

Gwen et Vincent m'ont laissé pénétrer leur univers, m'ont autorisé à entrer dans leur bulle. Ce cocon, c'est leur espace, leur réponse à la spécificité de leur statut faisant qu'ils n'ont aucun lieu de travail mais une infinité d'endroits où travailler.



Cette bulle les isole de leur environnement direct, fait de bruits et de tracas. Silence et concentration sont les barrières qu'ils ont érigées afin de se prémunir des perturbations. Aucune intrusion ne doit être envisageable durant leur préparation.

La séance commence par un petit échauffement puis une longue série d'étirements. Une certaine plénitude enveloppe Gwen et Vincent. Très calmes, ils s'assouplissent, se détendent et s'étirent. A l'écoute de chaque articulation, de chaque muscle, du corps dans son ensemble,





Ce corps, c'est leur outil de travail. Il faut donc le choyer, le ménager, le préserver des blessures. Lorsque je leur demande s'ils ont déjà été confrontés à une situation délicate suite à une sollicitation trop importante de leur organisme, tous 2 m'indiquent que la tendinite n'est jamais loin. La douleur en embuscade, prête à surgir à la moindre inattention, à la moindre erreur, à chaque faux pas. Tous les deux s'accordent néanmoins sur le fait que lors d'interruptions prolongées la reprise se revèle systématiquement problématique voire douloureuse. Les exercices doivent donc être complets et suivre un rythme et une intensité réguliers.

Dans une ambiance douce dans laquelle flotte comme un parfum zen, les étirements se poursuivent, la souplesse est travaillée



Les deux artistes s'attardent sur les parties de leur corps les plus sollicitées. Pour Vincent, le dos m'a semblé être au centre de ses attentions tout comme ses épaules. Quant à Gwen, ce sont ses pieds et ses poignets qu'elle a longuement massés.





Fin de la préparation corporelle, place à la technique désormais. Mais pas maintenant, demain...